La chauve souris

Format 60 X 80 cm

La scène s’organise comme une crucifixion inversée. Les bras ouverts, la figure humaine se déploie en membrane nocturne. La burqa devient ici l’aile, le voile, le linceul et la chrysalide tout à la fois.
Le clair-obscur baroque découpe la nudité comme une apparition sacrée : ce n’est plus la femme voilée, mais l’ombre de l’humanité dévoilée. La lune, suspendue à distance, sert de témoin : elle scelle le rite entre le corps et la nuit.

La burqa : symbole d’enfermement devenu organe de métamorphose. En se déployant, elle évoque les ailes d’une chauve-souris, animal du passage entre les mondes, qui voit dans l’obscurité.

La nudité : purification par la vérité. Ce corps n’est pas érotique, mais initiatique ; il expose la condition humaine dépouillée de tout artifice.

La lune : principe féminin alchimique, lumière froide qui guide dans la caverne intérieure. Elle rappelle que le visible n’est qu’un reflet du caché.

La chauve-souris vit suspendue entre ciel et terre, entre ombre et lumière.
Elle dort la tête en bas, comme les pendus du Tarot : signe de renversement.
Le vêtement de servitude devient instrument d’envol.
On pourrait dire que cette œuvre parle de la visibilité comme acte de résistance.
En retournant la burqa, Saint-Just dévoile ce qu’elle cache : non pas un corps soumis, mais une force primitive, solaire dans sa nudité, lunaire dans sa sagesse.
C’est le geste d’une femme qui reprend possession de la nuit elle-même.

« Oui, je te reconnais, je t’ai vu dans mes songes…
Triste oiseau ! Mais sur moi vainement tu prolonges
Les cercles inégaux de ton vol ténébreux ;
Des spectres éveillés portent ailleurs les messages ;
Va, pour craindre les noirs présages,
Je ne suis point coupable et suis point heureux.
En vain autour de moi ton vol se promène
Sème une odeur de tombe et de poussière humaine ;
Ton aspect m’importune et ne peut m’effrayer ».

Victor Hugo